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DESSINS & PEINTURES

Par cette figure de référence tracée au trait, Alain Signori désigne le profil humain comme archétype de notre rapport au monde. Un profil qui, sous le signe de l’intrusion, se voit confronté à des contingences diverses.

Une rhétorique du face-à-face dans laquelle le hors-champ semble avoir pris la main : drames affectifs, inimitiés passionnelles, situations burlesques, enjeux sexués, questionnements philosophiques, éthique sociétale… Des combinaisons graphiques qui puisent ouvertement dans le symbole. Provoqués par un élément extérieur à chaque fois différent, des « accidents de réel » qui illustrent la fragilité permanente de l’individu une fois livré à son environnement. Parfois debout, parfois couchés, ces profils interpellés chacun leur tour par une injonction morale ou poétique se retrouvent parfois aux prises avec des oiseaux picoreurs de rêves, parfois des poissons noyés d’illusions.

L’œuvre surgit donc ici de la mise en présence de ce cobaye avec sa propre remise en cause. Faire face au pouvoir de l’Autre, à son intransigeance, parfois aussi à sa bienveillance ou à son ironie.

Théâtre d’une confrontation entre dominant et dominé, ces saynètes à l’humour caustique mettent ainsi en œuvre tout un éventail d’interactions psychologiques. De la taquinerie à l’humiliation, voici une suite de chocs lapidaires entre la sereine stabilité de ce profil universel et l’élément perturbateur venu le déstabiliser. Ici une main ou un doigt qui dicte sa vérité, là un intrus qui s’invite dans le cadre… Des objets inertes 9 également : cages, stylos, couteaux, livres, fourchettes, aiguilles à tricoter… Des éléments du quotidien qui, chargés de leur symbolique, viennent empiéter sur l’espace de référence pour mieux le retoucher.

De cette série, résulte une esthétique de la confrontation qui pose la question de cette identité ancestrale dont l’œil, la bouche, le crâne ou le nez, même mis à mal, restent les gardiens. Dans la lignée d’un Topor, s’éclairent alors les combats inconscients de la psyché, combats au sein desquels chacun se voit renvoyé à ce qui l’y relie secrètement. Une logique de répétition qui, dans son efficace légèreté, nous livre les non-dits de la condition humaine.

Comme pour surligner ce qui se joue dans cet entre-deux, des auréoles de couleur aquarellées renvoient – dans certains dessins – aux transparences de Fernand Léger. Comme un second niveau de lecture. Des zones colorées qui visent à canaliser le regard sur l’épicentre du message que porte l’action en cours. Une mise en évidence de la construction mentale de l’artiste.

Par ce dispositif radical dans son économie, Alain Signori nous indique en silence que l’espace commun recèle des forces subliminales orientées sur notre espace vital ; cet espace vital où, toujours un peu de profil face à notre destinée, nous ne cessons d’attendre l’inattendu.

Stéphan Lévy-Kuentz Août 2016.