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ASSEMBLAGES EN FERRAILLE

Le Gardien de la rivière

Le point de départ d’un travail ou d’une recherche est souvent fait du hasard.

En ce qui me concerne, le travail sur ce matériau m’est venu un jour d’été alors que nous allions nous baigner dans la Charente. Il avait d’abord fallu arracher à la rivière les ordures que les hommes y avaient négligemment et criminellement jetées. Ceci fait, l’amoncellement des divers détritus nous avait donné l’idée de réaliser une gigantesque sculpture baptisée « le gardien de la rivière », sorte de cerbère monstrueux, qui, balayée par des mois de pluie et de vent était retombé sur le sol.

C’est là que le déclic s’est produit, les petites pièces qui jonchaient la terre me parlaient et m’appelaient à les réformer et à les faire renaître de façon différente. Je m’enfermai dans la cave entouré de ces pauvres merveilles.

Depuis ce jour, mon regard ne quitte plus le sol, les merveilles sont partout, c’est devenu une obsession. Je peux partir pendant une journée à la recherche de ces morceaux de ferraille comme à une chasse au trésor. Je retrouve mon âme d’enfant, qui, je l’avoue, ne m’a jamais vraiment quitté. J’ai l’impression de jouer et aussi d’apporter ma contribution à l’écologie (« mon petit nettoyage ») car mes beautés je les trouve souvent dans la nature jetées près d’une fleur ou d’un arbre. Je leur donne une nouvelle chance ainsi qu’à la nature qui a tant besoin d’être aimée.

L’Attirance et la Leçon

C’est le travail de l’érosion que le temps et la nature ont fait subir à cette ferraille qui a créé l’alchimie entre elle et moi, une espèce de magie par la destruction qui sublime un simple et brut morceau de ferraille en un objet envoûtant et presque vivant, un façonnage que l’homme pourrait difficilement obtenir par le travail.

Le vent, l’eau douce ou salée et la terre modifient l’objet manufacturé et le magnifient ; les couleurs s’effacent ou se créent et prennent des teintes que seule l’érosion peut engendrer. Je n’interviens quasiment pas sur le travail de la couleur, je n’interviens que dans la composition, l’assemblage et la construction de la forme.

Mon univers est figuratif, peuplé de personnages que j’ai sorti du ventre de la terre, comme si pour celle-ci il était temps d’accoucher avant d’engloutir doucement et pour toujours ces créations éphémères, déchets acceptés sans mot dire et qu’elle aurait rendu à la poussière.

Je remercie cette terre féconde que l’Homme maltraite et qui une fois de plus lui montre la voix de la sagesse et de la générosité. Préservez la nature, témoignez lui de l’amour ou elle vous engloutira avant l’heure et moi je ne serai pas toujours là pour vous ressusciter.   

Le Monde est vaste

Le monde est vaste et les détritus ne manquent pas. Me voilà, moi et mes sacs, récupérateur obsessionnel de ferraille rouillée, « clochart. » La caverne est là et je la vide, cherchant et espérant trouver la rareté magnifique. Ca y est, elle était cachée sous une planche que j’hésitais à soulever, elle ne brille pas et pourtant elle est belle, c’est le joyau de mes trouvailles ; les efforts sont toujours récompensés.

Voilà déjà trois ou quatre heures que je cherche, soulève, démonte et récupère. Parfois, je ne fais le tri qu’une fois à l’atelier. La voiture est chargée, le pare-choc arrière touche presque le sol. Les automobilistes me haïssent, ma voiture est moche. Avec ce fatras dans le coffre et mes habits rouillés je suis suspect.

Je rigole et me dirige vers mon antre, les jours prochains sont prometteurs, la chasse a été bonne. Là, je dépose mon butin et le contemple comme un trésor. Je suis heureux, ma grotte contient quelques tonnes de plus. Au poids je ne suis pas très riche, mais demain peut-être…